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Deux rencontres en cette fin d'hiver sont venues m'apporter de la lumière.

L'annonce de l'exposition Vermeer au Louvre à Paris m'a replongée dans la vie et l'oeuvre de l'artiste. Je garde de la visite de Delft un souvenir prégnant. C'était il y a dix ans ou plus. Nous avons eu l'occasion de contemplerr les toiles en début de soirée en petit groupe dans un écrin rare. Chacune évoque la présence du mystère par les jeux d'ombre et de lumière, la symbolique des gestes et des objets. Le regard capte le flux d'une énergie diffuse comme si le temps et l'espace s'abolissaient. J'ai accroché l'affiche de "La laitière" dans notre chambre en Ardenne. Elle y capte la douce lumière du matin. Je reste un long moment à l'effleurer avant de me lever. Moments magiques entre l'obscur de la nuit et la naissance du jour. Il m'arrive de me glisser dans la toile et de penser qu'il s'agit de mon propre passé.

Par le hasard des rencontres, le livre "Les mots entre mes mains " de Guinevere Glasfurd (paru chez Preludes) m'a été recommandé lors d'un récent apéro lecture par une lectrice qui l'avait aprécié. Le thème m'intéressait : celui de la relation amoureuse née entre René Descartes, le philosophe catholique et Helena Jans van der Strom, une servante protestante. L'histoire se déroule entre 1634 et 1640 et démarre à Amsterdam. Le roman fondé sur des faits avérés se déroule dans les Pays-Bas au cours du "siècle d'or", à l'époque de Vermeer et de la "la laitière". L'écriture est superbe et l'intrigue attachante. Il fallait que ce soit une anglaise pour saisir avec autant de finesse et de puissance, dans un premier roman, à la fois l'époque, les lieux, les atmosphères et les personnages. L'histoire singulière vient s'y inscrire dans l'histoire sociale.

Bien sûr, le livre m'a aussi touchée de manière plus personnelle.  J'y ai perçu l'écho de la lutte pour la liberté et la soif d'apprendre des femmes. Et je me suis rappelé que c'était en partie l'histoire de mes aïeules dont ma grand-mère, Marie. Elle a été élevée à la ferme près d'Arlon, enseignée jusqu'à ses onze ans en allemand à l'école du village. Elle est arrivée à Bruxelles à douze ans, sa mère y était servante. Elle a appris le français au cours d'une seule année scolaire et il semble qu'elle l'écrivait sans faute. Travaillant comme brodeuse, elle n'a pas rencontré Descartes mais bien mon grand-père, commis à la poste. Il l'a aidée à se débrouiller oralement en flamand. C'est avec moi qu'elle découvrira bien plus tard le plaisir de la lecture. Je ne suis pas peu fière d'avoir déposé "les mots entre ses mains" lors des dernières années de sa vie.