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Photo: A Trekker

Je savais qu'ils existaient mais je ne savais comment les nommer. Je viens de découvrir leur nom dans le dernier livre de Boris Cyrulnik "Ivres paradis, bonheurs héroïques", à la p.60 lorsqu'il évoque ceux qui "en silence ne se soumettent pas" mais qui "préservent en eux-mêmes un espace de liberté dont ils ne parleront pas". Ce sont "les Refusants" auxquels l'anthropologue Philippe Breton a consacré une étude publiée en 2009, à "la Découverte". Il les décrit ainsi : "Ce ne sont pas des résistants. Ils disent simplement non, pas moi." Ce qui les différentie des "exécuteurs" mais aussi des "résistants" actifs, c'est l'absence de sentiment de vengeance. Pourquoi? Plusieurs hypothèses peuvent être émises : l’absence d’éducation à la violence, une individuation profonde qui éloigne de la soumission à la norme collective, le refus d'entrer dans une logique de langage qui transforme un être humain en un objet théorique. Breton voit dans ces Refusants les « porteurs d’un germe d’évolution qui est notre point de sortie de la barbarie ». On aimerait que ce soit vrai.

Pour ce qui me concerne, bien plus modestement, j'y vois un groupe de "pairs" si discret et taiseux qu'il est difficile de le dénombrer. Mais l'important est de savoir qu'ils existent. Je saisis mieux à travers eux ma propre image, comment et pourquoi j'ai mis en place depuis très jeune, cette forme de refus silencieux mais imparable, ce "non, pas moi" qui en a surpris plus d'un ou d'une. Aujourd'hui, d'avoir découvert ce mot me confirme dans cette identité "non meurtrière" ... même si ce n'est pas toujours facile de pousser à l'écart des jardins convenus.

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