sur un fil d'encre

09 septembre 2017

"L'enfant qui" de Jeanne Benameur chez Actes Sud

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C'est l'histoire de trois personnages :

L'enfant qui marche dans la forêt et qui apprend à découvrir à la fois le mystère et la liberté face à l'absence de sa mère.

Le père, menuisier du village qui cherche à délivrer son corps du désir et son esprit de la mémoire de sa femme qui a disparu.

La grand-mère qui fait la tournée des fermes voisines pour glaner ce qui est nécessaire à la vie.

C'est un livre qui nous parle intimement du désir de s'envoler dans le nomadisme de l'être et de l'âme

face au besoin de s'enraciner dans les gestes répétitifs, l'espace et le temps.

C'est un livre qui nous parle de la réalité face aux rêves :

"quand on sent que les rêves du monde sont bien trop vastes pour les porter sur notre tête.

Qu'on n'y arrivera pas. Forcément. Et qu'au fond on sait déjà que nos parents ne pouvaient pas les porter non plus,

et les parents de nos parents non plus, et ainsi sur la terre."

C'est un livre qui nous parle du mouvement face à l'immobilité et de la difficulté de passer de l'un à l'autre :

"Il se rappelle qu'il enviait les mains des femmes parce qu'à la maison, elles n'arrêtaient pas de toucher des choses différentes tout au long de la journée."

C'est un livre qui nous questionne sur comment mélanger des êtres, des gestes et des désirs différents, parfois opposés :

" Ta mère lui avait aussi montré comment oser mélanger l'acide et le doux.

Elle continue à le faire parfois, c'est sa façon de te dire qu'elle n'a pas oublié. Ces jours-là, tu manges avec une application particulière."

C'est un livre à lire lentement, assise dans un fauteuil en marchant dans sa tête.

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25 juillet 2017

"Voyager" avec Russell Banks (Actes Sud)

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Le romancier américain nous invite sous ce titre simple et fort, "Voyager", à entrer dans une autobiographie buissonnière. Le livre rassemble des récits de voyages réalisés à plusieurs âges de sa vie. L'écriture et les lieux sont hantés par la mémoire des trois femmes qu'il a aimées, épousées et dont il s'est séparé. Si l'approche intime affleure dans plusieurs pages, c'est aussi et surtout l'homme et l'écrivain, aujourd'hui dans la septantaine, qui rév!le son univers de voyageur observateur de lui-même et des autres, des lieux et de leur puissance évocatrice.

Dans un entretien accordé à Olivier Mony pour Sud Ouest (11 juin 2017), il se penche sur sa relation à l'écriture : "Quand j'écris, j'ai l'impression d'être plus honnête, plus intelligent, plus observateur. Pendant ces quelques heures, je suis une meilleure personne." Qui, parmi les auteurs bien moins reconnus, n' a pas été saisi de cette même impression lorsqu'il entre en écriture ? Les sens en éveil, un parcours dans le temps et l'espace qui soudain s'ouvre sans frontières, avec une acuité nouvelle comme dans la projection d'un film intérieur. L'histoire de sa vie qui dans sa singularité rejoint celle de l'univers depuis l'infime au plus grand. Alors se crée une forme d'ivresse telle celle de l'ascension des plus hauts sommets. 

Ainsi cette évocation d'Edimbourg où il a choisi de célébrer son mariage avec sa quatrième épouse : "Je croyais voir partout mon père, ma mère, leurs parents, mes tantes et aussi mes cousins. Et Chase a vu le visage de sa grand-mère chez la femme qui nous a servi le thé un jour, celui de son oncle chez l'homme qui nous a vendu une épinglette en argent. Etaient-ils là pour nous aider à nous marier, eux qui étaient les images rémanentes des familles que nous avions laissées en partant? Sans que nous ne le sachions, était-ce la raison pour laquelle nous avions choisi de fuguer vers Edimbourg ?" Mais il y a aussi la visite des musées et des lieux littéraires au programme : "Cette journée, nous l'avons passée en compagnie de l'esprit de peintres et d'écrivains."

Comment mieux exprimer que la quête de soi passe par la capacité de reconnaître les traces de son passé et des êtres qui l'ont habité mais aussi par l'imaginaire et la création artistique qui nous invitent à entrer dans l'avenir ? Le tout intimement lié au voyage dans l'ici et maintenant.    

 

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11 juin 2017

Mères, filles : de la répétition à la variation

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C'est avec surprise et plaisir que je découvre ou redécouvre des auteures anglaises

qui décrivent avec finesse une société traditionnelle avec ses exigences, ses exclusions

mais aussi ses excentricités, ses audaces et ses originalités.

Dans " Mères, filles, sept générations" Juliet Nicolson nous fait entrer dans les univers successifs

de sept générations de femmes dont elle fait partie. 

L'histoire se déroule dans les milieux de l'aristocratie et débute dans les quartiers pauvres de Malaga,

avec Pepita, danseuse étoile de l'Andalousie qui devient la maîtresse d'un diplomate anglais.

Cachée dans une luxueuse villa d' Arcachon, elle souffre de solitude,

prisonnière des grilles infranchissables qui la séparent d'une bourgeoisie bien-pensante.

Nous suivons au fil des pages le destin des filles-femmes-mères qui vont lui succéder,

cherchant à tracer leur chemin, dans l'ombre du mari ou du père, entre raison et passion.

Chacune de ces femmes porte en elle à la fois le désir d'appartenance à l'aristocratie paternelle

et  celui de conquête d'une légèreté et liberté  enrésonance avec les racines maternelles.

L'histoire nous transporte dans le temps et l'espace, entre l'Andalousie, l'Amérique, de Washington à New-York,

en passant par les figures célèbres de l'Angleterre autour de Bloomsbury et de Virginia Woolf.

Elle se termine sur une note optimiste : Je me dis que ma petite-fille a beaucoup de chance d'être née

à une époque où loyauté, respect et égalité sont tenus en haute estime,

où le sentiment de culpabilité n'est pas encouragé et où les bienfaits de l'imagination sont partout."

Espérons qu'elle ne se trompe pas, rien n'étant jamais tout à fait gagné comme le démontre le livre..

Une auteure à découvrir dans une écriture qui manie à la fois l'observation, l'humour et l'émotion. 

Le livre est édité chez Christian Bougeois éditeur, 2017.

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19 avril 2017

Ma mère, cette inconnue familière.

 

 

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Photo de droite, copyright appartenant à A. Trekker

La lecture du livre-récit de Philippe Labro "Ma mère, cette inconnue" (Gallimard 2017) m'a émue et questionnée.

Comment pouvons-nous approcher au plus près l'histoire de nos parents?

J'ai longtemps cru que ma mère m'était connue, trop peut-être. Jusqu'au jour où elle a perdu la mémoire.Je suis dès lors partie à sa recherche et l'ai découverte bien plus complexe que je ne le pensais. Je l'ai écrit dans "La mémoire confisquée".

J'ai retrouvé au fil des pages de Philippe Labro, de son écriture sobre et fluide, cette quête de l'enfant devenu adulte face à l'histoire de celle qui l'a mis au monde. Netka ne lui a pas facilité la tâche. Il lui faudra du temps pour identifier la part de ses origines polonaises, l'histoire de son père inconnu, éclaircir les mystères de l'abandon par sa mère et les voies de résilience de la petite fille et de l'adolescente abandonnée. Jusqu'à sa rencontre "miraculeuse" avec Jean qui deviendra son mari et le père de leurs enfants.

Parmi les pages les plus fortes du livre, il y a le refus de Netka d'accepter la demande tardive de sa mère de la revoir et découvrir ses petits-enfants. Non par vengeance mais parce qu'il y a une règle immuable pour elle: on n'abandonne pas ses enfants.

L'approche tout en nuance, en finesse de Philippe Labro montre ce que peut être le travail d'écriture autour de l'histoire d'un parent proche. Entre le désir de savoir, la force de chercher, l'hésitation à poursuivre, la crainte de ses propres angoisses, l'envie de questionner et la nécessité de respecter un certain silence... on perçoit ce lien juste qui se tisse et se re-tisse au fil des pages (et de la vie), empreint des paroles du père "Garde-toi de juger d'abord. Il faut avant tout, tenter de comprendre".  

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03 mars 2017

Les mots entre ses mains

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Deux rencontres en cette fin d'hiver sont venues m'apporter de la lumière.

L'annonce de l'exposition Vermeer au Louvre à Paris m'a replongée dans la vie et l'oeuvre de l'artiste. Je garde de la visite de Delft un souvenir prégnant. C'était il y a dix ans ou plus. Nous avons eu l'occasion de contemplerr les toiles en début de soirée en petit groupe dans un écrin rare. Chacune évoque la présence du mystère par les jeux d'ombre et de lumière, la symbolique des gestes et des objets. Le regard capte le flux d'une énergie diffuse comme si le temps et l'espace s'abolissaient. J'ai accroché l'affiche de "La laitière" dans notre chambre en Ardenne. Elle y capte la douce lumière du matin. Je reste un long moment à l'effleurer avant de me lever. Moments magiques entre l'obscur de la nuit et la naissance du jour. Il m'arrive de me glisser dans la toile et de penser qu'il s'agit de mon propre passé.

Par le hasard des rencontres, le livre "Les mots entre mes mains " de Guinevere Glasfurd (paru chez Preludes) m'a été recommandé lors d'un récent apéro lecture par une lectrice qui l'avait aprécié. Le thème m'intéressait : celui de la relation amoureuse née entre René Descartes, le philosophe catholique et Helena Jans van der Strom, une servante protestante. L'histoire se déroule entre 1634 et 1640 et démarre à Amsterdam. Le roman fondé sur des faits avérés se déroule dans les Pays-Bas au cours du "siècle d'or", à l'époque de Vermeer et de la "la laitière". L'écriture est superbe et l'intrigue attachante. Il fallait que ce soit une anglaise pour saisir avec autant de finesse et de puissance, dans un premier roman, à la fois l'époque, les lieux, les atmosphères et les personnages. L'histoire singulière vient s'y inscrire dans l'histoire sociale.

Bien sûr, le livre m'a aussi touchée de manière plus personnelle.  J'y ai perçu l'écho de la lutte pour la liberté et la soif d'apprendre des femmes. Et je me suis rappelé que c'était en partie l'histoire de mes aïeules dont ma grand-mère, Marie. Elle a été élevée à la ferme près d'Arlon, enseignée jusqu'à ses onze ans en allemand à l'école du village. Elle est arrivée à Bruxelles à douze ans, sa mère y était servante. Elle a appris le français au cours d'une seule année scolaire et il semble qu'elle l'écrivait sans faute. Travaillant comme brodeuse, elle n'a pas rencontré Descartes mais bien mon grand-père, commis à la poste. Il l'a aidée à se débrouiller oralement en flamand. C'est avec moi qu'elle découvrira bien plus tard le plaisir de la lecture. Je ne suis pas peu fière d'avoir déposé "les mots entre ses mains" lors des dernières années de sa vie.   

 

     

 

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08 février 2017

Grand-mère, passeuse d'histoires et de liens

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Hier nous avons gardé dans leur maison nos deux derniers petits-enfants. Lui a trois ans. Elle, quelques mois.

J'ai redécouvert les langes et les biberons mais surtout ces regards interrogateurs des "petits" : qui es-tu, toi, pour moi, chez moi ?

C'est notre petit-fils aux grands yeux foncés qui a annoncé : "Tu es ma Grand-mère !". Avant d'ajouter: "Et Papou est mon Grand-père !"

Dans sa voix perçait toute la fierté de nous inscrire dans son monde intime, parmi ses richesses. Nous appartenions à "son" cercle de famille.

Cela m'a rappelé le livre de Danièle Flaumenbaum "Les passeuses d'histoires" (Payot). Je l'ai retrouvé dans les rayonnages de mon bureau. J'ai relu ce passage qui m'a touchée: La grand-mère symbolise à la fois l'unité d'origine et l'unité du groupe familial. C'est par sa famille qu'on acquiert un enracinement social et temporel.

Et puis encore : Si tout se passe bien, la famille comme "clan" ou "tribu" est le premier espace dans lequel l'enfant fait l'expérience d'une collectivité où chacun dit "nous"

"Viens, Grand-mère!", m'a dit avec sérieux mon petit-fils en me prenant par la main pour me guider vers le jeu qu'il souhaite partager. J'ai souri devant la solennité du titre qu'il m'octroyait. Il va falloir relever le défi. Entre ombres et lumière, être celle qui transmet et celle qui invente. Vieillir en âge tout en me glissant dans ce nouveau rôle passionnant, symbolisant à la fois l'origine et le lien avec le groupe familial. 

Je reviens vers "Les passeuses d'histoires" pour un nouvel extrait à relire : Les grands-mères d'aujourd'hui vont s'ouvrir à la création de leur nouvelle période de vie. Oser vivre la maturité et une vieillesse heureuses, intéressantes, vivantes. Aucun modèle ne leur a été transmis, elle ont tout à inventer. (...) Elle peuvent s'affirmer désormais comme des passeuses d'histoires, celles qui ont fait passer les femmes du siècle où leur vie était écrite à l'avance à un siècle où elle écrivent elles-mêmes leur propre histoire, et créent à la fois le lien et la charnière entre le passé et le présent. Cela me va ! Je ne me sens pas trop mal préparée à entrer dans ce personnage où tout est à écrire ou ré-écrire...  

J'allais oublier. Il faut savoir que Danièle Flaumenbaum a longtemps été gynécologue et acupunctrice. Elle est aussi l'auteur du livre "Femmes désirée, femme désirante" qui fut un best-seller.

 

 

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07 janvier 2017

Verlaine et le miroir de l'hiver

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(photos A. Trekker)

L'hiver est arrivé blanc et transparent comme je l'aime. Froid, très froid.

Envie de le traverser pour trouver refuge dans la chaleur d'une taverne.

Nous connaissions sa terrasse l'été au bord de la Lesse, face au château.

Cette fois, nous avons passé la porte intérieure et ce fut le ravissement.

Les tables et chaises en bois d'origine, la vieille armoire,

le poêle à bois en fonte noir bordé par le coussin du chien,

les tableaux craquelés de paysages sombres de l'Ardenne.

Le patron attablé au fond de la pièce, un journal grand ouvert devant lui,

un couple de vieux habitués qui buvaient un chocolat chaud  en silence,

le dos tourné à la porte, le visage et le corps offerts à la chaleur du foyer.

Nous avons salué d'un "bonjour" indispensable dans le pays

avant de nous glisser autour d'une table près du sapin enguirlandé de blanc.

Un homme est entré, fort, costaud comme ceux d'ici et d'antan.

La patron s'est levé, lui a serré la main et a engagé la conversation en wallon.

Fernand, c'est son prénom, a commandé une bière.

Ils ont causé du froid et des bêtes, de la chasse et de la pêche.

La fille de la maison nous a servis, on lui a souri.

Pierre a échangé quelques mots sur le gel de la Lesse avec elle.

A ce point, c'était rare. A cause du peu de pluie de l'automne et des très basses eaux de l' hiver.

J'ai dit que j''étais venue prendre des photos, la rivière était superbe.

Elle a hoché la tête. Oui, c'était beau !

Trois personnes sont entrées avec un petit garçon.

On s'est salué, puis la femme m'a reconnue.

C'était Anne, engagée elle aussi dans la promotion du livre et de l'écriture.

On s'est embrassée et j'ai serré la main de ses compagnons..

C'était bon d'être là. On avait l'impression de se trouver entre soi.

Un peu comme quand, petite, je revenais en Ardenne ou en Lorraine,

à la ferme, au village, dans la famille maternelle.

On se voyait peu mais on savait tout de suite qu'on était du même monde,

alors je m'apaisais, j'écoutais, je regardais et je me taisais.

Rien à démontrer, rien à prouver. Juste être là, chez nous.

M'est revenu en mémoire le  livre de Guy Goffette que je viens de lire,

sur "Verlaine d'ardoise et de pluie". Un livre d'hiver qui évoque les séjours

de ce grand fou de neveu, chez sa tante à Paliseul.

Je me souviens avoir interprété le colloque sentimental lors d'un des concours à l'Académie

Dans le vieux parc solitaire et glacé/ deux formes ont tout à l'heure passé...

Pas besoin de papier, surtout pas d'écran, pas même de paroles,

la poésie ici s'inscrit toute seule sur la trame du jour, du gel et du poêle.

 

 

 

 

 

 

 

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01 novembre 2016

Les pierres sur le chemin de la vie

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photo: A Trekker

Une année passe, une autre déjà pousse le bout du nez à la porte de demain. Je suis née à la tombée de la nuit entre la Toussaint et le Jour des Morts. En ce temps de la fête celte du Samain, passage de la saison claire vers la saison sombre, ouverture du nouvel an. Longtemps cette date m'a paru lourde de mémoire enfouie et de fantômes menaçants.

Au fil du temps, elle m'apparaît plus sensée et donc plus légère. Je suis née pour tisser le fil entre les vivants et les morts. Pour dénouer aussi les cordes et les chaînes avec lesquelles certaines morts entravent les vivants.   

Aujourd'hui je sais que mon histoire s'inscrit dans la double temporalité, celle qui vient du passé, de ses pleins et de ses vides. Celle qui relève du  principe selon lequel les causes précèdent les effets. Celle qui nous fait porter le poids des fautes ou des maux des ancêtres. D' elle, je connais les pièges et les coffres à trésor.

Mais j'ai appris depuis peu l'existence de celle ( la seconde temporalité) qui se profile en sens inverse du temps passé et repose sur celui à venir, imaginé, projeté qui nous aspire et nous fait signe à travers les synchonicités. Par elle, nous pouvons chercher et trouver une ou plusieurs voies de libertés au travers des ronces du déterminisme. A nous, à moi de chercher les pierres sur le chemin, les petits cailloux qui dessinent mon projet de vie.

Il m'a semblé ces dernières années que mes enfants et petits-enfants, mais aussi ces personnes dont je croise et écoute le récit de vie, m'ont permis de mieux déceler vers quelle destination je souhaite diriger ma vie avec quelle(s) intention(s). Ce qui, me semble-t-il, renforce chaque année mon Arbre de vie même si l'âge diminue certaines de mes capacités physiques, voire mentales. L'esprit, lui, poursuit son chemin... en douceur mais profondeur.    

 

 

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27 août 2016

Inventaire de l'enfance

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Photo: amtrekker

Ils sont rentrés d'une baignade le long de la Dordogne.

L'un d'eux a vidé le contenu de ses poches sur la table.

Je n'ai rien vu, juste aperçu le trésor éparpillé sur le bois fruitier.

J'ai pensé qu'il provenait sans doute du plus jeune de nos petits-fils.

Je voulais garder la trace de ce tableau éphémère, je l'ai photographié.

Ils sont repartis, les deux garçons, vers d'autres horizons.

Leur silence a soufflé sur le petit lac salé intérieur.

J'ai retrouvé le reflet de l'image cachée dans le mystère de la chambre noire,

Derrière la poussière de mémoire, a surgi le désir.

Celui d'en faire un tableau. Transmutation.

Une feuille de papier à dessin sur la table,

dessiner les formes de cet étrange inventaire de l'enfance,

autour du lacet bleu devenu serpent, tunnel du temps en mouvement.

 

 

  

 

 

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26 mai 2016

Les Refusants

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Photo: A Trekker

Je savais qu'ils existaient mais je ne savais comment les nommer. Je viens de découvrir leur nom dans le dernier livre de Boris Cyrulnik "Ivres paradis, bonheurs héroïques", à la p.60 lorsqu'il évoque ceux qui "en silence ne se soumettent pas" mais qui "préservent en eux-mêmes un espace de liberté dont ils ne parleront pas". Ce sont "les Refusants" auxquels l'anthropologue Philippe Breton a consacré une étude publiée en 2009, à "la Découverte". Il les décrit ainsi : "Ce ne sont pas des résistants. Ils disent simplement non, pas moi." Ce qui les différentie des "exécuteurs" mais aussi des "résistants" actifs, c'est l'absence de sentiment de vengeance. Pourquoi? Plusieurs hypothèses peuvent être émises : l’absence d’éducation à la violence, une individuation profonde qui éloigne de la soumission à la norme collective, le refus d'entrer dans une logique de langage qui transforme un être humain en un objet théorique. Breton voit dans ces Refusants les « porteurs d’un germe d’évolution qui est notre point de sortie de la barbarie ». On aimerait que ce soit vrai.

Pour ce qui me concerne, bien plus modestement, j'y vois un groupe de "pairs" si discret et taiseux qu'il est difficile de le dénombrer. Mais l'important est de savoir qu'ils existent. Je saisis mieux à travers eux ma propre image, comment et pourquoi j'ai mis en place depuis très jeune, cette forme de refus silencieux mais imparable, ce "non, pas moi" qui en a surpris plus d'un ou d'une. Aujourd'hui, d'avoir découvert ce mot me confirme dans cette identité "non meurtrière" ... même si ce n'est pas toujours facile de pousser à l'écart des jardins convenus.

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